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Entré dans les cabinets ministériels à la Libération, à moins de 30 ans, François Mitterrand a évolué de la droite bon teint à la gauche socialiste avant de se poser en 1971 en rénovateur du parti socialiste moribond. Il a déjà tenté deux fois d'accéder à la présidence de la République, en 1965 face au général De Gaulle et en 1974 face à Valéry Giscard d'Estaing.
Donné une nouvelle fois perdant en décembre 1980, à la veille de la campagne électorale, il remporte cette fois la mise en tirant parti de l'impopularité du président sortant, lui-même lâché par Jacques Chirac, le chef du parti néo-gaulliste.
La présidence s'ouvre dans la liesse, sur une fête semi-improvisée à la Bastille le soir du 10 mai et une cérémonie au Panthéon où le président rend hommage à trois figures nationales : Victor Schoelcher, Jean Jaurès et Jean Moulin.
Porté par un «état de grâce», selon ses propres termes, François Mitterrand entame un «règne» de 14 ans, comparable par sa durée à ceux de Henri IV, de Louis-Philippe et de... Napoléon 1er. De cette très longue présidence, curieusement, l'opinion ne retient de positif que l'abolition de la peine de mort en octobre 1981 !
Le premier gouvernement, dirigé par Pierre Mauroy, maire de Lille, rompt résolument avec la politique de rigueur de Raymond Barre, Premier ministre de 1976-1981. Il renoue avec la politique volontariste de Jacques Chirac (1974-1976) : embauches dans la fonction publique, contrôle des changes, nationalisations,...
Notons l'apparition d'un éphémère ministère du Temps libre (sic) et d'un ministère de la Solidarité nationale. Quatre communistes font leur entrée au gouvernement au grand scandale de l'opposition. C'est en effet la première fois depuis 1947 que le parti participe à un gouvernement. Dans les faits, le parti communiste, en déclin, ne va guère avoir de prise sur le gouvernement et le président.
Les réformes s'enchaînent à la volée :
– 1er juillet 1981 : augmentation des allocations handicapés (+20%), familiales (+25%), logement (+25%).
– 4 août 1981 : suppression de la Cour de sûreté de l'État.
– 2 octobre 1981 : autorisation des radios locales sans publicité.
– 8 octobre 1981 : blocage des prix pendant six mois.
– 9 octobre 1981 : le ministre de la Justice, Robert Badinter, abolit la peine de mort et met la France au diapason de l'Europe.
– 15 décembre 1981 : abrogation de la loi«anticasseurs» prise à la fin du septennat précédent.
– 30 décembre 1981 : création de l'impôt sur les grandes fortunes.
Le 26 novembre 1981, Jacques Delors, ministre des Finances, alarmé par le dérapage de l'économie, demande une pause dans les réformes mais celles-ci ne s'en poursuivent pas moins l'année suivante, conformément aux «110 propositions» du candidat Mitterrand :
– 14 janvier 1982 : ordonnances sur la limitation à 39 heures (au lieu de 40) de la semaine de travail et cinquième semaine de congés payés.– 13 février 1982 : la loi sur les nationalisations fait passer dans le giron de l'État la plupart des grandes entreprises ; la plupart des entreprises concernées profiteront de la nationalisation pour se remettre à flot avant d'être plus tard privatisées.
– 3 mars 1982 : la loi sur la décentralisation promulguée par Gaston Deferre, ministre de l'Intérieur, donne davantage d'autonomie financière aux communes, aux départements et surtout aux régions (entre autres effets collatéraux, cette loi met fin à toute velléité de l'État de maîtriser l'urbanisation et l'aménagement du territoire ; chaque collectivité n'en fait plus qu'à sa tête).
– 25 mars 1982 : une ordonnance abaisse de 65 à 60 ans l'âge légal de départ à la retraite.
– 29 juillet 1982 : une loi sur l'audiovisuel crée une Haute Autorité de l'Audiovisuel.
En matière internationale, après un discours tiers-mondiste au sommet de Cancun, au Mexique, François Mitterrand s'engage résolument aux côtés des Américains dans le conflit qui les oppose à l'URSS. Devant le Bundestag allemand, le 20 janvier 1983, il plaide pour la fermeté face aux Soviétiques qui installent des missiles SS20 dirigés vers l'Europe occidentale : «Les fusées sont à l'est, les pacifistes à l'ouest !...».
Au Moyen-Orient, il prend parti pour Saddam Hussein dans le conflit qui l'oppose à l'Iran, d'où une vague d'attentats organisés en sous-main par les services secrets iraniens.
La Une du Monde au lendemain de l'élection de F. Mitterrand
En fin 1980, alors que les élections présidentielles se profilent, le nombre des chômeurs atteint le million et demi. Pourtant Valéry Giscard d'Estaing, président de la République sortant, semble en mesure de l'emporter.
Le 10 mai 1981, il est cependant battu par François Mitterrand qui, en obtenant 51,8 % des voix, devient ainsi le premier président de la République socialiste de la Vème République. Comment en est-on arrivé là ? Comme le souligne J. Fauvet dans le "Dossier et Documents" du Monde consacré à cette élection de mai 81, si "l'actif" du septennat du président sortant peut s'enorgueillir de sa politique nucléaire, de restructurations industrielles importantes, d'une rigueur budgétaire et d'un engagement européen franc, c'est peu par rapport au "passif", surtout à l'inflation et au chômage. C'est ce qui autorisera cette phrase assassine de Mitterrand à l'encontre de Giscard lors du duel télévisé qui précède le second tour : "Vous êtes l'homme du passif !" C'est aussi parce que Giscard a été fortement touché par "l'affaire des diamants" qui lui aurait été offerts par le chef d'État africain Bokassa. L'échec est encore imputable à une campagne mal menée par le président en exercice qui semble avoir perdu le contact avec l'électorat, tandis que lors de ses meetings , son challenger semble serein, un sentiment renforcé par sa campagne d'affichage sur "la force tranquille".
Cette victoire de François Mitterrand marque un tournant dans la Vème République : après 23 ans de pouvoir, la droite cède la place, c'est l'alternance. Un changement porteur d'espoirs et marqué par des manifestations spontanées de liesse à Paris, place de la Bastille, et dans les plus grandes villes au soir de ce 10 mai 1981.
Cette victoire du 10 mai est confirmée le mois suivant par les Français qui accordent une large majorité à la gauche lors des Législatives.